mardi, mars 23, 2021

L'action ne répond pas aux paroles en matière de santé mentale

Le gouvernement provincial a déclaré qu’il voulait faire les changements et les investissements nécessaires afin d’aider à améliorer la qualité des services en matière de santé mentale dans la province.
Cependant, leurs actions et paroles ne semblent pas se correspondre.
Par exemple, les journalistes ont aperçu des politiciens qui riaient pendant le débat de la semaine dernière sur la santé mentale dans l’Assemblée législative. Ceci démontre qu’il y a des élus qui ne saisissent pas la gravité de la situation ou sont insouciants à un sujet très sérieux.
Et ensuite arrive le budget. Alors que le gouvernement voulait nous faire croire qu’il faisait des investissements supplémentaires dans les services en matière de la santé mentale, le pourcentage de dépenses pour la santé mentale était le même que l’année précédente. Encore une fois, leurs actions et paroles ne se correspondent pas.
Par la suite était l’introduction des modifications à la Loi sur l’éducation, qui doit « accroitre l’autonomie du système scolaire et offrir un plus grand soutien au personnel enseignant et aux élèves, » d’après un communiqué de presse du gouvernement.
Une des modifications proposées permettrait aux membres du personnel enseignant d’administrer et d’interpréter une évaluation psychologique et psychoéducative.
Ceci est problématique à bien des niveaux et démontre que la province ne prend pas la situation de la santé mentale au sérieux.
Voici les préoccupations avec cette proposition du Collège des psychologues du N.-B. (CPNB):
Manque de consultation des principales parties prenantes. La première lecture du projet de loi-35 a eu lieu sans aucune consultation préalable avec les principaux intervenants, tels que le CPNB, l'Association des enseignants et des enseignantes francophones du Nouveau-Brunswick, les associations de troubles d'apprentissage, etc. Il n'y a pas eu de diligence raisonnable, d'autant plus que le Nouveau-Brunswick serait la première province à adopter ce type de législation.
Manque de compréhension de l'évaluation illustrée dans la législation. La description de l’évaluation
psychoéducative dans le projet de loi comme « administrer un test que prévoient les règlements, le noter puis interpréter et appliquer ses résultats... 25.1 Aux fins d’application de l’article 11.1 de la Loi, le test qui peut être administré est l’échelle d’intelligence de Wechsler-Bellevue pour enfants (W.I.S.C.). » démontre l’ignorance du Ministère de l’Éducation du processus qu’il tente de légiférer. Premièrement, les évaluations psychoéducatives ne sont en aucun cas aussi simples que l’administration, la notation et l’interprétation d’un test. Deuxièmement, les problèmes de santé mentale peuvent affecter l'apprentissage et les résultats de ces tests. Une personne présentant des symptômes d'anxiété, de dépression ou d'autisme, par exemple, peut également avoir des difficultés avec le travail scolaire, les tests, l'attention et la concentration, le comportement en classe, etc. Les enseignantes et enseignants ne sont pas qualifiés pour évaluer les problèmes de santé mentale et leur fournir des outils leur permettant de ne faire qu'une partie d'une évaluation psychoéducative / psychologique crée plus de problèmes qu'il n'en résout. C’est une recette pour des conceptualisations incorrectes des défis existants d’un enfant et de leur cause, et donc une recette pour faire du tort aux enfants.
Risque important pour le public. Contrairement aux psychologues, les enseignantes et enseignants – même ceux et celles ayant une maîtrise - n’ont pas les multiples années de formation universitaire et la supervision requise en matière d’évaluation psychologique et psychoéducative. Leur demander de faire une activité pour laquelle ils et elles ne sont pas suffisamment formés et supervisés présente un risque pour eux (responsabilité) et pour leurs élèves en créant des situations qui (a) augmentent la probabilité d'une mauvaise interprétation des informations, (b) fournissent aux médecins prescripteurs et aux parents/tuteurs de l’information incomplète (forces et faiblesses qui peuvent être exactes ou non, manque d'attention aux autres facteurs de santé mentale qui pourraient avoir eu un impact sur les résultats), et (c) encouragent les enseignantes et enseignants à suggérer des diagnostics, ce qui va bien au-delà de ce qu'ils sont qualifiés pour faire. À un moment où le gouvernement fait l'objet d'un examen minutieux en raison du manque d'attention qu'il accorde à la santé mentale, il n'est pas sage de diluer davantage la qualité des soins de santé mentale fournis.
Aliénation des psychologues. Cette législation représente un manque de respect évident pour la formation, les connaissances et les compétences des psychologues. La province fait face à une pénurie de psychologues sur le marché du travail; ce n'est pas le moment d'aliéner davantage cet important groupe professionnel. Ce manque de respect pour le champ de pratique des psychologues est exactement ce qui les pousse hors du système public et, encore plus loin, hors de la province. Ces préoccupations ont été bien documentées dans le Sondage sur les conditions de travail du CPNB (2018). Le manque de psychologues dans la province et dans le secteur public crée un risque supplémentaire pour le public.
Manque de clarté de la législation. Le manque de clarté de cette législation soulève également d'importantes préoccupations. Quelle est la formation approuvée pour apprendre à faire ces évaluations ? Les seules personnes qualifiées pour donner cette formation sont des psychologues, mais il leur est interdit d'enseigner aux non-psychologues comment utiliser ces tests sans une surveillance étroite et immédiate étant donné les risques susmentionnés pour la santé publique que pose une mauvaise utilisation des tests. De plus, qui est l'expert qui conseille le ministre pour déterminer les diplômes et la formation qui seraient approuvés ?
Conflit d’intérêts. Dans le cadre de la mise en œuvre de cette législation, le Ministère de l'Éducation a indiqué une collaboration avec Pearson Canada Assessment Inc., la société qui produit et vend les tests réglementés utilisés dans les évaluations psychoéducatives. Cela représente un conflit d'intérêts majeur. Il n'est pas surprenant qu'une entreprise à but lucratif souhaite augmenter le nombre de personnes auxquelles elle peut vendre ses tests. Cela ne veut pas dire que c'est dans le meilleur intérêt des Néo-Brunswickois. Les sociétés ne protègent pas le public. Ils visent à maximiser les profits.
Le Syndicat du N.-B. est complètement d’accord avec le CPNB et est contre cette modification. Nous suggérons au ministre de l’Éducation de mettre ceci en priorité et de s’assurer que les enfants sont correctement évalués et diagnostiqués par des professionnels qualifiés.
Ceci signifie un meilleur plan de recrutement et un meilleur plan de maintien en place des psychologues qualifiés dans le secteur public et non un transfert de travail de ces professionnels sur des membres du personnel enseignant qui ont déjà bien du pain sur la planche.